Tout savoir sur le mastering pour vinyle (ou presque)

Faire une duplication pour disque vinyle prend nécessairement un mastering spécial, c’est très complexe, on s’approche pratiquement de la science nucléaire mon pote!

Hum, pas vraiment non…

Même que contrairement aux idées reçues un tel mastering n’est pas tellement plus complexe que ce qu’on ferait pour un CD ou pour des fichiers numériques (iTunes ou Bandcamp par exemple).

 

Traitement sonore spécifique au format

En théorie il n’est pas nécessaire de faire un mastering dédié pour le disque vinyle. Mais étant donné les circonstances de notre époque il peut être pertinent de le faire. Il y a deux façons principales de procéder.

Option 1 : Une seule version (la méthode simple)

La façon la plus simple serait de faire un seul et même master pour les deux formats. Mais comme le CD et le numérique nous ont amené à des sommets inégalés en terme de sur-compression (voir « guerre du son ») il est préférable de ne pas trop se faire aller le « brickwall limiter » au mastering si on compte faire qu’une seule version du master.

L’idée est donc de faire un compromis entre la version numérique et la version vinyle.  En préservant l’intégrité des crêtes, donc en poussant moins le limiter on peut sortir un master valide pour les deux formats.

Option 2 : Deux versions du master (ma recommandation!)

C’est la solution que je préconise! Tant qu’à sortir un album sur un support analogique, je crois qu’il est pertinent de faire une version dédié et de profiter du format pour sortir du paradigme « mon disque sonne plus fort que le tien » et ainsi proposer une version plus organique en préservant les dynamiques.

Mon processus étape par étape :

  1. Je commence par faire un mastering numérique avec égalisation, compression etc,
  2. J’applique le limiter pour aller chercher le niveau de volume que je désire pour l’enregistrement
  3. J’exporte cette version pour faire approuver par le client
  4. Une fois approuvé, je fais un « save as » pour créer ma version vinyle à partir de là
  5. Je baisse le niveau de manière équivalente sur toutes les pistes de l’album en gardant les niveaux relatif d’une piste à l’autre.  L’idée est d’éviter de trop compresser les crêtes avec le limiteur.
  6. Je compare avec la version numérique approuvé en «level match» pour m’assurer que l’esthétique sonore demeure la même.

Avantages de cette approche :

  • Qualité sonore supérieure sur vinyle
  • Version numérique reste compétitive
  • Les fichiers fournis au technicien qui couchera l’audio sur le master physique pour la gravure n’aura pas à altérer trop notre master.

Le paradoxe de la dynamique

Ce qui est franchement ironique avec les différences de niveau entre le numérique et le vinyle c’est que dans le domaine numérique on peut représenter une gamme dynamique énormément plus vaste que le vinyle et qu’on a fini par faire des versions vinyle plus dynamiques que ce qu’on trouvait traditionnellement sur CD quand bien même qu’on pouvait faire mieux sur le dit CD. Vous me suivez?

Gamme dynamique théorique :

  • 16 bits (CD) = 96 dB
  • Vinyle = Entre 60 et 70 dB

Petits « tweaks » qui aident la cause

Le format vinyle étant plus limité que le numérique dans ses spécifications de reproduction sonore il faut faire attention à deux points en particulier lors du mix et/ou du mastering.

Basses fréquences et phase

Trop de basses sur un vinyle c’est comme trop d’alcool sur les routes. En effet, l’excès de mouvement dans les basses pourrait occasionner un dérapage de l’aiguille hors des sillons du disque. Il faut donc s’assurer de bien contrôler dynamiquement les extrêmes basses fréquences au mastering. Un compresseur multi-bande ou un simple égalisateur pourrait faire le boulot.

Il faut également s’assurer de ne pas avoir de contenu hors-phase dans les basses fréquences. Quelques plugins existent pour faire cela facilement. Tant qu’à y être je vous invite à placer vos extrêmes basses fréquences dans le centre même si vous faites une production exclusivement numérique. Cette technique donne plus de clarté et de punch à vos mix.

Suggestion de plugins pour arriver à vos fins :

  • BaselanePro de Toneprojects
  • MonoFilter de Nugen

Utilisez un analyseur de phase pour vérifier vos basses. Tout contenu sous 100Hz ne devrait jamais être hors-phase

Hautes fréquences

Il faut également porter une attention particulière aux sibilances ainsi qu’aux excès de hautes fréquences (cymbales trop fortes). Cela pourrait résulter en de désagréables distorsions une fois sur la rondelle de plastique.

Vous pouvez toujours compresser les hautes fréquences avec un De-Esser et rétablir le niveau de hautes désiré.  Attention pour ne pas y aller trop fort avec le De-Esser, c’est un outil qui peut altérer considérablement l’équilibre harmonique de vos chansons.

 

Temps maximum par côté de galette

À titre d’exemple, pour un LP (long jeu) de 12 pouces à 33 tours le temps moyen « permis » tourne autour de 20 minutes par côté.

Règles pratiques :

  • Si vous voulez mettre plus de temps → diminuer les basses fréquences et le volume légèrement
  • Si vous voulez beaucoup de basse et un volume fort → considérez environ 15 min par côté
  • Budget le permet → faire deux vinyles (4 côtés) pour une qualité supérieure

Tableau de référence des temps

Format Temps optimal Temps maximum
12″ @33 1/3 RPM 15 à 18 minutes par côté 24 minutes par côté
12″ @45 RPM 12 à 15 minutes par côté 18 minutes par côté
7″ @33 1/3 RPM (non recommandé) 5 minutes par côté 9 minutes par côté
7″ @45 RPM 3 à 3.5 minutes par côté 4.5 minutes par côté

 

Note importante : Ces temps sont des guides. La complexité de votre musique (basses, dynamiques) influence grandement ces limites.


Livraison pour la duplication

Contrairement à la duplication pour CD, il existe des niveaux de qualité pour la duplication vinyle. En effet, graver un CD, c’est comme pour le contenu sur le medium, c’est 1 ou 0. Ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas! Aucune altération mineure de son ne se produira lors de la duplication. S’il y a des erreurs, elles se traduiront par des glitchs.

Par contre, pour un disque vinyle vous allez inévitablement passer par un « lacquer cutting engineer » qu’on pourrait traduire par technicien de gravure. Son boulot est de transférer vos fichiers numériques sur la matrice physique qui servira à produire l’ensemble de vos disques. Le technicien en question va donc prendre des décisions pour obtenir un rendement sonore maximal selon la nature du contenu de votre musique.

C’est là que le talent, l’expérience et la passion peuvent jouer. D’où l’idée que toutes les compagnies de duplication ne se valent pas nécessairement alors questionnez et magasinez. Certaines personnes recommandent même de magasiner le « cutting engineer » séparément de la compagnie de duplication afin d’entretenir une communication plus adéquate.

Ce que vous devez fournir

Une fois que vous avez choisi où faire dupliquer vos disques, vous devrez fournir deux choses à la compagnie qui fera le boulot :

  1. Les fichiers musicaux sous forme de deux fichiers WAV ou AIFF en 24 bits
    • Un fichier pour le côté A
    • Un fichier pour le côté B
  2. Une PQ Sheet (Production Queue Sheet)
    • Document WORD ou PDF
    • Indique précisément où fixer les index entre les pièces
    • Temps de début, temps de fin et durée de chaque pièce

PQ Sheet : Je fourni toujours ce document lors de la préparation pour vinyle


Processus d’approbation

L’approbation peut se faire en deux étapes : le « reference cut » et le « test pressing ».

Reference Cut (optionnel mais recommandé)

Le « reference cut » est optionnel et va généralement coûter un petit extra. Mais comme le pressage physique peut altérer le son il est important de bien s’assurer que le contenu préserve vos intentions artistiques.

Un « reference cut», est un disque de référence qui sera créé avant de passer à la création de la matrice de production. S’il y a un problème vous le saurez donc rapidement au lieu de vous en rendre compte après que la matrice physique soit créée.

Pourquoi c’est important :

  • Si vous détectez un problème après la création de la matrice et que vous voulez recommencer cette étape vous devrez payer à nouveau
  • Vous voulez donc passer par cette étape qu’une seule fois
  • Je crois que ça vaut donc la peine de payer le petit extra pour s’assurer que tout sera à votre convenance

Test Pressing

Quand le « reference cut » est approuvé la compagnie de duplication va produire la matrice et vous envoyer un « test pressing », c’est une copie physique créée à partir de la matrice qui vous permettra d’identifier d’autres types de problèmes potentiels. Une fois de plus, je recommande de passer par cette approbation avant de donner le « go » sur la grosse commande.  Il y a généralement 4-5 copies du «test pressing», si vous entendez un clic sur une copie vous pouvez donc aller écouter si le problème se reproduit sur les autres.  Si c’est le cas c’est un problème à la source à signaler.  Sinon c’est un problème sur une seule copie, donc pas grave car ce ne sera pas reproduit à grande échelle.

Conseil : Écoutez le test pressing sur plusieurs systèmes différents et faites-le écouter à des tiers pour validation.


Récapitulons

  • ✅ Je suggère de faire un mastering spécifique pour disque vinyle même si ce n’est pas toujours nécessaire
  • ✅ Spécifiez dès le départ vos intentions au technicien de mastering
  • ✅ Quelques ajustements mineurs au master numérique vont bonifier le master vinyle
  • ✅ Attendez vous à payer un extra pour la version vinyle, mais il ne devrait jamais être super élevé
  • ✅ Je suggère de passer par toutes les étapes d’approbation possibles à moins d’être un amateur de roulette russe

 

Pour aller plus loin

Pour savoir de façon plus précise comment on fabrique les disques vinyles, je vous suggère cet article :
http://blog.cobrason.com/2015/04/la-fabrication-dun-disque-vinyle/

Ou cette vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=oaz15u7cJLQ

 

Partagez votre expérience : Avez-vous déjà fait presser un vinyle ? Partagez vos questions ou expériences dans les commentaires !

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