C’est un peu comme si on avait déversé une grosse boîte de lego mélangés sur votre bureau. Vous voici devant une multitude de pistes à mixer. L’angoisse vous prend, de quel côté attaquer la bête?

 

Ah!! peut-être que si je vais faire un peu de ménage ça va se régler tout seul. Hum, non…
J’ai pour toi, mon ami.e, LA solution à tous tes problèmes!!
(Dit-il tel un vendeur de char usagé.)
C’est ce qu’on pourrait appeler la technique pyramidale, on part par le haut et on va vers le bas. Ou plutôt, on part du plus général vers le plus précis. La chanson se mixe alors presque toute seule! C’est qu’en portant une grande attention sur le portait général on préserve une écoute qui se rapproche davantage de celle des auditeurs, qui finalement n’en ont rien à cirer si vous passez quatre heures à perfectionner le son du « snare ». C’est aussi une manière de se tracer continuellement une carte tout en avançant dans le cœur de la chanson sans s’y perdre.
Voici, plus concrètement la marche à suivre inspirée de ma façon de faire.

D’abord, si vous mixez pour quelqu’un d’autre, assurez-vous de bien saisir la direction artistique de l’artiste, demandez un maximum d’informations. Obtenez les références musicales nommées par le/la client.e. Si vous partez dans le mauvais chemin il vous sera très difficile de revenir dans la bonne direction sans que cela n’affecte le mix au final. L’expérience m’a apprise qu’il est parfois mieux de recommencer quand on ne débute pas comme il faut, parce que chaque petite décision affectera l’ensemble.
Donc, on commence. D’abord, créer des groupes d’instruments, comme par exemple : Percussions, Guitares, Synthé, SfX, VoixLead, BackVocals. Ensuite, en écoutant dans UN SEUL haut-parleur en mono (petit Avantone dans mon cas, j’explique pourquoi plus bas), on ajuste, au besoin, les phases sur les instruments enregistrés avec plusieurs microphones. Ensuite, on balance les volumes de chaque instrument en contexte, c’est-à-dire en écoutant tous les instruments. À ce point-ci, il vaut mieux ne pas toucher aux EQ, ni à la compression. On reste très général.
Vrai mono
Voici une parenthèse qui me semble importante. J’aimerais élaborer un peu sur l’idée d’utiliser la mono-phonie avec un seul haut-parleur plutôt que sur une paire stéréo. C’est une technique assez puissante qu’on pourrait appeler : vrai mono. En essayant, vous allez voir tout de suite que c’est bien plus précis que si on écoutait en mono sur deux haut-parleurs. Pourquoi? La mono-phonie sur deux haut-parleurs est en fait une illusion du contenu musical positionné au centre. C’est qu’en faisant jouer simultanément la même information en même temps dans les deux haut-parleurs nous avons l’impression que le contenu provient du centre. Cependant, la disposition des haut-parleurs dans l’espace et la position des obstacles tels que : les murs, un bureau, un écran d’ordinateur, etc, vont causer des micro-différences temporelles entre les deux signaux et affecter la phase sur certaines fréquences lors de la rencontre des deux vibrations sonores dans l’environnement. En utilisant un seul haut-parleur en mono on évite l’étape de recombinaison des deux signaux. Ceci donne entre autre, des basses plus précises, des hautes moins diffuses et une bien meilleure représentation dynamique. Même dans la pièce avec la meilleure acoustique au monde il est impossible d’avoir un signal mono à deux haut-parleurs aussi franc qu’avec un seul haut-parleur.
Registre harmonique restreint
Fin de la parenthèse?
Non, en fait…Savez-vous pourquoi j’aime bien commencer avec un petit avantone qui me donne surtout des mids, pas de basses et pas trop de hautes? Simplement parce que je veux un portrait très général de l’information musicale qui m’est présenté. Si, par exemple, je me fais distraire par des fréquences résonantes moches dans le «bass  drum » mon écoute sera détourné de l’objectif principal qui est de porter mon attention sur le portait général de la pièce. Si vous n’avez qu’une seule paire de haut-parleurs plein registre qui représente toute la gamme des fréquences, vous pouvez toujours couper les extrêmes basses temporairement sur la piste master pour ne pas les entendre. Ce sera un peu comme simuler une paire de haut-parleurs plus bas de gamme.  Un point de coupure autour de 250-300 Hz fonctionne relativement bien.
Vrai fin de la parenthèse donc!
Maintenant, après avoir ajusté et peut-être même automatisé quelques volumes sur votre haut-parleur en mono, vous pouvez mettre une légère compression générale sur la piste master. Ensuite, vous pouvez faire quelques passes d’égalisation assez sommaires et un peu de compression sur sur les groupes d’instruments qui dérangent par des mouvements dynamiques trop larges. Ensuite, ouvrez le deuxième haut-parleur, établissez les panorama (panning). Ajustez un peu les EQ et compression au besoin. Vous pouvez ajouter quelques effets d’ambiance (reverb, délais) si nécessaire.
De plus en plus précis
Si vous avez une deuxième paire haut-parleur plus précise ouvrez-les, c’est le temps. Sinon, enlevez le filtre hi-pass temporaire que vous aviez mis sur la piste master sous ma suggestion. Prenez une minute ou deux pour vous rafraîchir les oreilles en écoutant la musique de référence qui inspire la pièce que vous mixez (toujours au même volume). Ajustez les effets qui ont été placés préalablement. Vous pouvez commencer à vous concentrer sur les aspects plus précis qui pourraient améliorer l’impact émotionnel du mix. Pensez toujours à l’influence que ces petits changements auront sur le reste de la pièce. Tsé, le battement d’aile du papillon là? C’est aussi valable pour les mix.
Après le passage à la deuxième paire de haut-parleurs, j’aime bien aller écouter au casque d’écoute, encore une fois en mono. Pourquoi?  Pour ne pas me laisser distraire par une abondance d’information sonore. À ce moment là, des failles de votre mix vont se révéler instantanément. Prenez le temps d’ajuster. Écoutez maintenant en stéréo au casque d’écoute. Ajustez. Bon ça s’en vient. On n’a pas encore parlé des pauses, mais j’espère que vous avez pris une petit pause à chaque 20-30 minutes. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, lorsqu’on travaille le son, écouter trop longtemps n’est jamais bon. Ça fausse le jugement.
À partir de là, vous devriez avoir un mix qui se tient relativement bien. Quand vous êtes assez avancé, n’hésitez pas à faire écouter à vos collaborateurs, puis surtout à des gens qui ne travaillent pas en musique, mais qui en écoutent beaucoup. Ils vont pointer des failles évidentes que vous n’entendiez plus!
En résumé + aide-mémoire.
Partez toujours du plus général vers le plus précis pour toujours avoir une vision claire d’où le mix doit s’en aller.
Voici une petite liste des étapes à consulter rapidement dans le besoin :
  • Obtenez les références musicales du client
  • Grouper les pistes
  • Ouvrir un seul moniteur, vrai mono!
  • Ajuster les phases et les volumes relatifs
  • Compression sur le master au besoin
  • Égalisation et compression sommaire sur les groupes
  • Ouvrir le deuxième haut-parleurs
  • Panning
  • Reverb et délais au besoin
  • Écouter sur une autre paire de haut-parleur si vous en avez
  • Rafraîchir les oreilles
  • Ajustements plus précis, EQ, compression, volume sur les pistes individuelles et groupes.
  • Au casque en mono, ajustements
  • N’oubliez pas les pauses!!!
  • Écoutez avec des amateurs de musique qui n’en produisent pas.
    Amusez-vous donc tant qu’à y être et ne vous comparez pas trop aux autres!  À la prochaine.
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