Faire naître le plus bel et étrange oiseau

Confession

Une ou deux fois par année je me retrouve dans un creux de travail. Presque pas de demande subitement! Un jour tu te dis qu’il va falloir engager quelqu’un pour y arriver, le lendemain tu te demandes si ta carrière est finie!

Que voulez-vous c’est aussi ça la vie de travailleur autonome. Il faut développer un certain lâcher prise et relativiser la notion de sécurité. Mais voilà, ça m’est arrivé souvent en 20 ans de carrière et puis je ne capote plus tellement avec ça. Je sens le besoin de le partager parce que je suis convaincu que ça arrive à tout le monde et j’aime aussi bien contribuer à normaliser le phénomène.

Plutôt que de déprimer en boule dans un petit coin, j’utilise généralement ces périodes creuses pour voir où est-ce que je m’en vais avec tout ça. Quand t’as la broue dans le toupet c’est pas tellement le moment, tu produis, tu livres, tout le monde est content, on va se coucher et on recommence le lendemain. Les temps d’arrêt sont finalement une bénédiction pour faire le point et véritablement remettre en question la nature de nos actions.

À chaque fois j’en viens de me demander pourquoi je fais ce métier. Fondamentalement là! À quoi je sers vraiment, est-ce que je pourrais mettre mon énergie à d’autres endroits où je serais plus utile. Est-ce que j’aime encore ça? Est-ce que j’utilise mon plein potentiel? Et finalement, est-ce que je continue? Si oui, pour atteindre quels objectifs?

Hey! On manque pas de musique gang!

L’écosystème autour de la production et diffusion musicale change énormément et très rapidement. Personne ne sait vraiment où ça s’en va. L’abondance de musique est pratiquement infinie! Bien que j’ai l’honneur de contribuer sur ce que je considère comme étant des petits bijoux de création de la part de mes clients, je constate comme tout le monde qu’ils vont parfois se perdre dans un océan de musique sur les playlists de Spotify ou Youtube. Aller rencontrer les amateurs potentiels déjà bombardés par l’offre internationale demande soit de la chance ou encore beaucoup de ressources.

Y aurait t-il d’autres avenues? Déjà, en tout premier lieux il faut amener sur le marché une proposition qui sort du lot. Une bestiole qui fait dire WOW.

Créer un drôle d’animal

Et c’est là que je sens que j’ai le goût de renouveler mon engagement envers le travail que je fais depuis 2 décennies (ça passe vite même si c’est long des ti bouttes). Dans le contexte actuel qu’est-ce que peut permettre aux artistes de se démarquer.

Mettons nous d’accord, nous n’avons aucun contrôle sur la production des autres, aucun contrôle sur la façon qu’est géré l’écosystème, aucun contrôle sur les algorithmes, aucun contrôle ou presque sur les politiques culturelles dans un marché international totalement ouvert. En tant qu’apprenti Stoïque, j’aime mettre des efforts sur les éléments sur lesquels je peux avoir du contrôle. Le principal endroit où on en a c’est sur la proposition qu’on va lancer dans cet écosystème.

Que faire alors? Faire ce que les grands artistes ont toujours fait!! C’est-à-dire, faire des créations qu’on ne peut pas ignorer avec une recherche approfondie d’authenticité (le fond) et originalité (la forme)! Ok, ce sont deux termes qui peuvent sembler fourre-tout et convenus mais, aussi bien y revenir parce que c’est intemporel et je suis convaincu que c’est là que ça se passe.

Authenticité

L’Authenticité c’est quand la création se produit sans l’interférence des voix extérieures fictives qu’on a intégrées et qui alimentent les peurs ou des ambitions malsaines. Être à l’affût des jugements internalisés qui viennent teinter les choix créatifs. L’Authenticité c’est l’expression de l’enfant qui joue qui existe encore et toujours en nous, même s’il est magané, étouffé plus souvent qu’autrement. Arriver à s’exprimer dans cet état est une tâche olympique, mais c’est à mon avis le travail fondamental de tout artiste. La création faite à partir d’une position d’authenticité c’est ce qui fait vibrer la corde à l’intérieur quand on écoute une chanson. La musique la plus puissante dépasse les limites du mental, c’est une expérience émotionnelle puissante qui vient connecter avec quelque chose qui pourrait s’apparenter au subconscient, à l’âme, appelle ça comme tu veux mais c’est pas fait en plastique! Toutes les cellules vibrent au diapason quand on reçoit cette intention de l’artiste.

Comme tout le monde, j’écoute parfois des chansons sur une playlist au hasard en faisant la vaisselle (mettons) sans être trop concentré. Quand une telle chanson passe soudainement c’est comme si je n’avais pas le choix de ralentir et de porter ma pleine attention sur cette chanson. «Ça se passe!» comme on dit. Et pour les artistes qui me lisent en ce moment, c’est probablement parce que vous avez été touché par cette flamme que vous avez maintenant le goût de la chercher, l’exprimer et la partager vous aussi.

Originalité

Deuxième élément, l’originalité dans la forme. C’est là que je peux aider et c’est ce qui fait que je désire renouveler mes vœux envers ce travail qui m’allume tant.

La recherche d’originalité consiste à colorer la présentation de l’œuvre pour que ça devienne un oiseau qui ne peut pas passer inaperçu. Le plus grand péril pour une chanson actuellement c’est de sonner «vanille». À coup de plus de 100 000 nouvelles chansons à chaque jour sur Spotify seulement, la vanille se ramasse dans la tapisserie en arrière. Le beige du fond de la toile qui sert seulement à donner du contraste pour laisser s’exprimer les œuvres éclatantes! On peut toujours jouer sur la forme en préservant l’authenticité du fond. C’est le travail que je veux faire et je désire peser un peu plus à fond sur la pédale. Je veux travailler avec des artistes qui ont le goût de jouer à se moquer des standards, qui ne sont pas freinés par la peur de ne pas être acceptés si ça dépasse un peu trop. Évidemment, quand on propose de l’originalité, au début ça peut générer un peu de répulsion. On ne sait pas pourquoi mais quelque chose nous choque, mais c’est aussi cette force qui va faire qu’on va y revenir pour essayer de comprendre ce qui se passe. Quand il y a de la répulsion c’est qu’une corde intérieure n’a pas bougée depuis longtemps et qu’il y a quelque chose qui vient se faire réveiller.

Qu’on me comprenne bien, l’idée n’est pas de créer de la répulsion pour écoeurer le monde. Le but c’est d’aller donner, amicalement, une pichenotte ou une petite tape en arrière de la tête de l’auditeur pour dire, «réveille toi y se passe quelque chose ici!!» L’authenticité fera le reste de la job! Pour être bien clair, je ne propose pas que tout le monde se mette à créer de la musique d’avant-garde. Mais ajouter une petite touche oblique de plus qui nous amène ailleurs me semble une avenue incontournable dans un environnement saturé.

Maintenant au niveau de l’expertise technique que je connais le mieux, je sais qu’un mastering créatif et audacieux peut amener un niveau subtil d’originalité que ne sera pas perçu consciemment par la moyenne des ours. Mais grâce à quelques choix délibérés un peu hors-norme, sans savoir pourquoi, l’auditeur sera attiré / repoussé en même temps. Il se passe quelque chose et on vient de provoquer du mouvement et potentiellement un désir d’y revenir encore et encore. Un mastering «vanille», normal, prudent, équilibré qui sonne juste «bien» peut être fait facilement par l’intelligence artificielle… Il faut que ça sonne unique, spécial, magnifique, insupportable, intense, transcendant, immersif, captivant, explosif, hypnotique, euphorique et pourquoi pas intemporel!

Suite à cette réflexion sur l’état des lieux et la manière dont je peux contribuer, j’ai maintenant la conviction que je serai là pour un autre 20 ans (ou plus?) si t’as besoin d’aide pour colorer ton oiseau!

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