Vous venez de passer un bon 15-20 heures sur votre mix.  Difficile de juger si ce que vous entendez est l’oeuvre d’un génie ou si c’est à côté de la plaque.   C’est un bon moment pour exporter le mix et de comparer avec d’autre musique que vous appréciez.  Ouch!  Tout s’effondre, gros exercice d’humilité, votre mix n’est vraiment pas à la hauteur.  Pourquoi donc?  Il est souffrant de s’apercevoir tard dans le processus que votre travail ne passe pas la rampe.  Cependant, il y a toujours moyen de s’ajuster rapidement et d’adopter de meilleures pratiques.  Vous éviterez ainsi de répéter plusieurs fois les mêmes erreurs.

 

Quelques suggestions

Dans cet article j’aimerais vous offrir des idées pour optimiser l’utilisation des références musicales.  Premier conseil : ne surtout pas attendre à la fin du processus de mix pour comparer avec d’autres musiques.  Avant même de toucher à un bouton, choisissez 2 à 3 pièces de références pour vous aider à vous situer.  Vous comparez ou aller chercher des influences ne fait pas de vous un copieur.  La musique sur laquelle vous travaillez n’existe pas dans un vase clos.   C’est le résultat d’un brassage millénaire d’idées qui à cet instant précis passe par votre subjectivité.  Faut pas se gêner donc.

 

Réveillez vos oreilles

L’écoute active de musique avant même de commencer à mixer va « accorder » vos oreilles, cet instrument pas mal moins précis qu’on veut se le faire croire. En effet, vos oreilles ne sont pas de simples récepteurs statiques.  La vraie écoute se passe dans votre cerveau, ce qu’on appelle la psycho-acoustique.  Votre perception varie donc à chaque instant influencée par votre niveau de stress, de fatigue ou de faim.  En écoutant vos références vos oreilles / cerveau musical va se conditionner à un certain cadre dynamique (compression) , harmonique (égalisation) et spacial (panning, reverb, délais, room). C’est un peu comme si on se fixait une ligne d’horizon avant de se mettre à dessiner (peut être que je dis n’importe quoi, je suis pourri en dessin, mais vous comprenez l’idée).  Une fois vos oreilles conditionnées, vous aurez une plus grande confiance dans vos décisions lors du mixage .

 

Mais attention, deux périls s’annoncent! 

Deux mauvaises idées qui consistent en :

A) choisir de mauvaises références qui n’ont aucun rapport avec le projet.  Ok, ok, vous adorez Pink Floyd, vous écoutez toujours du Pink Floyd, je peux arriver à comprendre ça.  Mais ça ne veut pas dire que votre client Indie-rock-trop-cool-pour-la-ligue va vouloir la moindre dose de ressemblance avec le cadre esthétique que propose Pink Floyd.

B) À l’autre extrême, choisir une trop bonne référence qui ressemble beaucoup à la pièce sur laquelle vous travaillez.   Vous serez peut être tenté d’essayer de littéralement copier certaines balances.  Ça ne peut jamais bien se terminer. La chanson n’a pas été enregistré dans le même contexte, n’a pas les même timbre sonore.  C’est un peu comme si vous vouliez faire ressembler votre petit chat à la reine d’Angleterre, non, je vous dit, ça ne peut pas bien se terminer.  Les références doivent définir un cadre général rien de plus.

 

Maintenant, vos oreilles sont acclimatées, vous pouvez commencer à mixer.  L’important c’est de retourner valider régulièrement, écoutez un petit 15-20 secondes de temps en temps vos références pour ré-accorder vos oreilles et changer d’air un peu.  Rester le nez 100% focus plusieurs heures de suite n’est pas souhaitable.  Vos oreilles / cerveau musical ont besoin de pause régulière pour récupérer de la perspective.

Vous le savez déjà mais on ne le dira jamais assez.  Assurez-vous de baisser le volume de vos références au même niveau de sortie que votre mix, autrement votre perception sera toujours faussée par la différence de volume.  Pour la perception auditive générale plus fort = meilleur, mais c’est une fausse impression.  Gardez en tête que vos références sont déjà passées au mastering, mais votre mix non. Le mastering moderne peut réduire considérablement la dynamique, pour le meilleur et pour le pire.  Il est généralement souhaitable que votre mix ait plus de mouvement dynamique et d’ouverture que la plupart des références à cette étape ci.

 

Trois plugins pas piqués des vers pour vous aider

L’utilisation de références adéquates conjugués aux bons outils va accélérer le temps requis pour arriver à une balance finale qui vous charmera.  Commençons avec deux plugins gratuits que vous allez apprécier.

Voxengo SPAN

Si vous ne le connaissez pas encore, allez tout de suite chercher cet analyseur spectral ultra précis (et gratuit).  L’utilisation la plus simple et évidente que je peux vous proposer consiste à évaluer visuellement la quantité de basses fréquences en comparaison à vos références.  La plupart des studios amateurs ou semi-pro n’ont pas une configuration acoustique idéale.  Ce que vous entendez en bas de 300 Hz risque d’être faussé par des pic et des vallées acoustiques de plus ou moins 12 à 20 dB dans certains cas.   À ce moment, la quantité de basses fréquences vous semblera acceptable à l’écoute.  Cependant, des indices visuels vous diront que ce n’est pas le cas.

Pour avoir accès à cette information avec Voxengo SPAN, faites jouer votre référence, toujours au même niveau sonore que votre mix.  Observez en bas de 300Hz comment ça se présente dans SPAN.  Voici la balance générale de la référence :

 

 

Faites ensuite de même avec votre propre mix.

 

Dans le présent exemple, on pourrait penser qu’il reste un peu place pour augmenter les extrêmes basses sans tomber dans l’exagération.  Attention, il s’agit bien d’un indice pas d’une vérité. Comme j’ai mentionné plus haut, l’objectif n’est pas de copier mais bien de se référer. Vous pouvez aussi appliquer la même technique pour les hautes fréquences.  Allez y, expérimentez.

 

Deuxième outil gratuit, Hofa Blindtest

Celui-ci est bien pratique.  Il vous permet de comparer deux sources à un même volume, à l’aveugle.  Le plugin balance les sources suivant le standard EBU R128 sans que vous ayez à ajuster vous même. C’est rapide, et souvent plus précis qu’à l’oreille.  Dans mon cas l’utilisation la plus commune consiste surtout à évaluer l’évolution entre des mix antérieurs et l’état actuel de mon travail.  Vous pouvez aussi en deux clic comparer plus objectivement plusieurs références.

Dernier outil, Izotope Tonal Balance Control

Plus dispendieux mais très précis et pratique, surtout pour le mastering.  Je l’ai toujours pas trop loin pour voir si je suis dans la zone.  Le plugin permet d’analyser une ou plusieurs chansons et génère un cadre harmonique à respecter (ou pas) avec les minima et maxima.  Quand cet outil est sorti je me suis dit que c’était exactement la solution que je cherchais.  Le plugin vient avec Izotope Ozone 8.

 

 

Avant de partir

J’espère avoir été en mesure de vous convaincre de la nécessité d’utiliser des références adéquates. Maintenant, je vous invite à être toujours plus curieux, de vous monter une banque de musique, même celle que vous aimez moins personnellement.  Achetez des chansons à l’unité que vous pourrez éventuellement placer dans vos sessions pour calibrer vos oreilles.  Demandez à votre client des idées de références, vous aurez un peu accès à sa subjectivité.  Pratiquez-vous à développer l’écoute active.  C’est la faculté à développer à partir de laquelle vous tirerez le plus de valeur professionnelle.

 

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